Siméo / Mes billets de mille

Mes quelques billets d'humeur. Je trouvais super bonne l'idée de l'appeler les billets de mille, pour mille mots. Jusqu'à ce que je me rende compte qu'en général ils ne dépassent guère les deux cents. Allez, disons mille caractères. Puis on s'en branle un peu, en fait. Le nom est cool, j'y mets mes choses.

Fév 22

Studio

            C’est assez fun ce truc de faire de la musique, parce qu’à chaque album t’es persuadé que c’est le bon, celui qui te ressemble, celui qui réunit enfin toutes les photos de toi, rassemble tes trippes, tes histoires, tes couilles, tes chances et tes malchances pour enfin faire ce putain de disque dont tu te crois capable depuis toujours. En gros et à dire vrai, pendant toute la période de studio, tu te prends un peu pour dieu.

               En partie parce qu’en studio, t’écoutes super fort sur un super sound-system et que t‘es super déchiré à longueur de journées.

              Après 11h du mat, t’es tellement persuadé que t’as un angle, un putain d’angle différent des quatre cent autres dieux vivants entassés dans les studios parisiens à la même heure, le même jour, qui ont pourtant le même angle que toi à quelques bagages près, le même matériel et la même envie de bouffer le cul du monde.

             Et il se passe un truc super gênant ensuite, quand tu sors du studio.

          Au lieu d’écouter les chansons 670 fois, tu les écoutes une seule fois. Pire, tu les fais écouter une seule fois à des gens qui n’en n’ont pas grand chose à foutre, que le son est moins puissant, que l’écoute est moins concentrée et que le million de nuances que tu imaginais mettre dans chaque mot, dans chaque coup de caisse claire, qu’il t’a fallu une demi journée pour calibrer, est en fait absolument dérisoire.

           Et, plus que tout, que personne ne t’attends, contrairement à ce dont tu étais tellement persuadé.

             S’en suivent les mois de pré-sortie, où là carrément tu regrettes tout un tas de choix de production, de textes, d’esthétique, parce que tu te retrouves à un concert trop cool et que c’était ça en fait, que t’aurais voulu faire et que tu te rends compte que t’as produit le son d’avant-hier au lieu de faire, comme il était convenu, celui d’après-demain.

            Puis ça passe, tu sors ton disque, tout le monde s’en branle un peu à part ta mère qui te trouverait de toute manière génial, que tu fasses du zouk acoustique ou du néo-métal urbain, mais tu pars quand même sur les routes, où tu es encore un bout de dieu le temps de quelques concerts et d’une paire d’étudiantes en art-pla avides d’expériences. 

            Et tu rentres chez toi. T’as oublié que tu t’étais plus ou moins trompé sur ton disque, tu reprends le cours de la vie en ne te détestant plus que modérément. 

                  Jusqu’au prochain disque.

                   Aujourd’hui, pour moi. 

                   Sachant tout ceci, après quelques années d’expérience, en ce premier jour de studio pour ce nouvel album, j’ai décidé de ne me prendre ni pour dieu ni pour personne d’autre que moi-même.

                Et me suis promis de faire de ce disque un truc dont je serais fier, quoiqu’il se passe.

                   Et ….

                Ben je me rends compte que je n’ai même pas fini ce billet que je me débats exactement avec la même donne que sur mon précédent album.

                  Il est onze heure, on écoute le son comme des bourrins, on est éclatés et on est persuadé qu’on est en train de faire un truc de malade.                 

                   On est vraiment débiles ! 

                   Arf. Si ça se trouve, cette fois c’est vrai.

                Puis même si on se trompe encore un peu, dire de l’amour sur du gros son, y’a pire comme façon d’occuper ses journées, hein.


Fév 8

Le temps passe partout

                Hier soir j’ai revu tous mes -très- anciens amis. Car comme si le fait d’avoir un an de plus n’était déjà pas un assez gros supplice, il y a toujours une personne attentionnée de votre entourage proche qui a l’idée lumineuse d’élargir le cercle le temps d’une superbe fête costumée dont le thème est, au choix, « cartoons », « années soixante dix » ou encore « voyage ». 

            Voyage… banco….euh mon passeport, ça compte comme déguisement ?

             21 h . J’arrive à la soirée. Le pas de la porte à peine franchi, j’apperçois ce gars aux cheveux longs, gras et noués, déguisé en lui d’il y a dix ans. Voyage dans le temps. Malin. 

             Pour bien comprendre la suite, il faut savoir  que dix ans plus tôt, ce mec était mon héros. Il était l’incarnation de l’espoir,  l’exemple que dans mon trop plein d’arrogance et d’ambition j’étais incapable de suivre. C’était le mec bien. Le mec bio.

            21h 43.  Il vient me dire bonjour comme si j’étais son meilleur ami de toujours. Ma première pensée va à cet ado révolté que j’étais, car il avait à peu près la même odeur. La seconde m’évoque clairement l’idée qu’avant d’interdire le port de la burqa, ils auraient du réfléchir à interdire celui du sarouel. 

         Sérieusement… c’est quoi cette coupe de pantalon ?  Un pari perdu ?

           23 h 02  Appelons le Michel. Michel, donc, que j’avais abandonné au look suspect et à l’élocution trainante des fumeurs de pétards, Michel avec qui, fut un temps, je gratouillais dans un garage, Michel qui parlait de sauver le monde quand je rêvais de le conquérir, eh bien, figurez-vous que ce même Michel a réussi hier soir à définitivement enterrer le vague espoir que je gardais en l’espèce humaine. 

            Tout a commencé lorsque vers 1h 14 j’ai reçu sur la boite mail de mon téléphone la photo d’une inconnue-nue. J’ai trouvé ça rigolo et plutôt bon enfant. Michel me collant comme le frère siamois que je n’ai jamais eu, c’est tout naturellement que je lui ai tendu l’objet. Quelle idée je n’avais pas eu. 

          A la vue de cette vulgaire beauté, Michel est devenu littéralement incontrôlable. Il bavait, grognait, suait. Je crois même avoir aperçu une légère masturbation dans la poche gauche de son sarouel. Bien que j’ai trouvé le geste agile de sa part,  c’était clairement très gênant.

           S’en est suivi un moment extatique devant ma voiture. Carbu, jantes, chevaux, v6, v8 ont défilé dans sa bouche comme des rôts à la table d’un ministre. Il était  excité comme une promo de jeunes vierges le soir du bal à l’idée de la conduire. Super.

         2 h 50 Alors que je l’espérais attraper son djembé dans le coffre pour nous briser tympans et couilles comme au bon vieux temps,  Michel s’est mis à complimenter mon voisin de droite au sujet de la (fausse) Rolex qu’il arborait presqu’aussi fièrement que sa femme en plastique.

           Puis il s’est emparé de l’I-Pod général et y a playlisté tout un tas de chansons dont j’étais pourtant persuadé que l’écoute était proscrite en société.  

          Sur les coups de 4 h 24,  alors que la principale occupation de ma voisine était de me chercher des poux et la mienne de chercher des excuses à Michel, le drame se pointa à grands pas, talonnant le parquet comme une mère furieuse prête à éclater son fils pour une note médiocre.

              Alors qu’on pliait bagages et refermait bouteilles, il vint me souffler à l’oreille, d’un air mêlant autosatisfaction et perversion ultime, qu’il connaissait un bon coin pour des putes à 20 euros.

           Les éclats d’une belle partie de mon cœur se rependirent alors sous ma peau…

               Le seul mec que je connaissais qui préférait tenter sauver la planète que son propre cul était lui aussi passé du côté obscur de la force. Un peu comme si le dernier des mohicans s’était tiré une balle dans la tête sous mes yeux.

            5 h 56. Michel venait de souffler ma dernière lueur d’espoir de la même façon que j’avais soufflé mes 27 bougies. D’un coup sec.

             Définitivement, le temps passe. Les convictions avec.


Jan 22

L’amour m’a tuer

     Si si, ça arrive. Je vous jure que ça arrive. Exactement comme dans ces films tout pourris dont on connaît la fin rien qu’en lisant le titre. A noter qu’en même temps, s’ils voulaient vraiment faire durer le suspens et nous cacher jusqu’au bout que la libraire tombe amoureuse du promoteur immobilier qui veut remplacer sa boutique de famille par un parking, il faudrait éviter d’écrire « coup de foudre » dans le titre…

     Ca arrive, donc. Je le sais puisque pas plus tard que la semaine dernière, alors que je m’en allais chercher le cadeau d’anniv de ma petite cousine, la prématurée mais non moins palpitante biographie officielle de Soan, « Je mets des jupes et je vous emmerde », je suis tombé amoureux fou de ma libraire. En moins de temps qu’il ne faut pour l’épeler. BAM ! Allez savoir pourquoi, un sourire, une expression, une chemise, des seins. Allez savoir…

    Ce qui aurait alors du être la routine du chanteur, à savoir boire, faire l’amour, boire de l’eau, dormir, faire l’amour, boire un café, partir, s’est transformé en une histoire à peine racontable tant je me suis métamorphosé en un minuscule agneau de lait qui n’a même pas assez de laine pour faire un bonnet. Lamentable.

    Puis on me connaît. S’en sont suivis tous ces trucs que soit disant je fais de trop. Ce que je ne comprendrais du reste jamais. Je veux dire, affréter un hélico pour aller prendre un brunch (à Florence) lorsqu’on se connaît depuis deux heures, est-ce à ce point étrange ?! Résultat, elle est partie en courant. Evidemment.

    De fait, ce week-end, je n’avais pas trop le moral. J’étais super déçu et ne savais pas trop où ranger mes pieds. Alors j’ai marché. Marché encore. Au début en rond, ce qui n’avançait pas à grand chose. Puis vers l’idée de passer voir quelques copains. La mauvaise idée, de passer voir quelques copains.

    J’avais complètement oublié qu’il ne faut jamais (JAMAIS !) passer voir ses potes quand on est amoureux. Parce que les garçons qui parlent filles, c’est un peu comme un père et son fils qui parlent foot afin d’éviter soigneusement de se dire qu’ils s’aiment. C’est d’une pudeur tellement absurde que ça en devient vulgaire.

    Aussi, quand mon meilleur pote, ce voyou que j’aime comme mon frère m’a demandé si j’avais attrapé une petite cette semaine, je n’allais évidemment pas lui répondre :
« mon frère… cette semaine je suis tombé amoureux d’un miracle de la nature … un miracle je te dis… lorsqu’elle plisse les yeux, son visage dessine un sourire mirage, un sourire vénéneux dont mon cœur est depuis otage. Je crois qu’aucun voyage, aucun air pur, aucune vue sur aucun miracle de la nature n’égalera jamais l’aventure d’une seconde dans ses bras. Elle est la plus douce des drogues dures…mon frère». Forcément, j’ai dit un truc du genre : « ouais, grave, je l’ai bien démontée. Six fois. ». Alors qu’en réalité c’est tout juste si on s’est embrassé.

   Mais c’est ça, les garçons. On connaît tous les joueurs de toutes les équipes de tous les championnats alors qu’au final, on ne joue pas si souvent que ça…


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